Loi Egalim 2026 : ce que votre menu doit afficher obligatoirement
Ce que la loi vous demande vraiment, et ce que beaucoup de restaurants ratent encore
Chaque année, les contrôles de la DGCCRF dans les établissements de restauration remontent les mêmes manquements : des informations absentes, mal placées ou formulées de manière à induire le client en erreur. La loi Egalim, complétée par ses décrets d'application successifs, a progressivement durci les obligations d'affichage. En 2026, plusieurs dispositions supplémentaires entrent en vigueur ou voient leurs contrôles renforcés. Ce n'est pas une contrainte abstraite — c'est ce que votre serveur ou votre menu papier doit pouvoir répondre en moins de dix secondes.
Les allergènes : une obligation ancienne, mais toujours mal appliquée
Depuis 2015, les 14 allergènes majeurs doivent être portés à la connaissance du consommateur. La règle est connue. Ce qui l'est moins, c'est la forme acceptée par l'administration.
Ce que la réglementation accepte
Vous pouvez afficher les allergènes directement sur le menu, sur un document séparé disponible à la demande, ou via un registre tenu à jour. Ce qui n'est plus toléré : un simple panneau en caisse disant « demandez à notre équipe ». Le personnel doit être formé et capable de répondre précisément, mais cela ne remplace pas un affichage écrit accessible.
Pour les menus numériques ou QR code, l'information doit être visible sans étape supplémentaire — autrement dit, le client ne doit pas avoir à envoyer un message ou appeler un serveur pour accéder aux données allergènes.
Ce qui change concrètement en 2026
Les établissements proposant des formules « menu du jour » ou des plats en rotation rapide sont désormais tenus de maintenir leur affichage allergènes à jour en temps réel. Un tableau générique « peut contenir des traces de… » appliqué à toute la carte ne satisfait plus l'exigence de précision par plat.
L'origine des viandes et des poissons : le point le plus surveillé
C'est là que les amendes tombent le plus souvent. Depuis les décrets issus de la loi Egalim, l'origine des viandes bovines est obligatoire sur les menus depuis plusieurs années. En 2026, le périmètre s'est élargi.
Viandes concernées
Pour la viande bovine, porcine, ovine, caprine et la volaille, l'origine doit être mentionnée dès lors que ces viandes entrent dans la composition d'un plat servi en restauration commerciale. L'indication peut prendre la forme du pays d'élevage et du pays d'abattage si ces deux pays sont distincts, ou d'une mention simplifiée si les deux coïncident (« Origine France »).
Poissons et produits de la mer
Pour les produits de la pêche, la dénomination commerciale, le nom scientifique et la zone de capture (ou le pays d'élevage pour l'aquaculture) doivent figurer. Beaucoup de restaurants affichent encore « saumon » sans préciser s'il est élevé en Norvège, en Écosse ou en Atlantique Nord. C'est insuffisant.
Les menus à la formule
Si vous proposez une entrée-plat-dessert à prix fixe avec plusieurs choix, chaque plat composant la formule est soumis aux mêmes règles que s'il était à la carte. Il n'y a pas d'exemption liée au format commercial.
Les mentions relatives aux labels et aux modes de production
C'est le volet le plus directement lié à l'esprit initial de la loi Egalim : garantir une information loyale sur la qualité des produits.
Ce que vous pouvez afficher
Si vous utilisez des produits sous signe officiel de qualité (Label Rouge, AOC, AOP, IGP, Agriculture Biologique), vous pouvez et devez l'indiquer clairement. Ces mentions sont protégées : vous ne pouvez pas écrire « style Label Rouge » ou « élevage traditionnel comparable au Label Rouge ».
Ce que vous ne pouvez plus écrire librement
Les formulations floues du type « produits frais du marché », « viande de qualité supérieure » ou « poissons sauvages sélectionnés » sans justificatif sont dans le viseur des contrôles. Ce ne sont pas des mentions interdites en soi, mais si un agent de la DGCCRF vous demande un bon de livraison prouvant la fraîcheur ou l'origine sauvage, vous devez être en mesure de le produire.
L'obligation d'information sur les produits surgelés et décongelés
Ce point est souvent négligé, y compris dans des établissements sérieux. Si vous utilisez des produits surgelés ou décongelés dans la composition de vos plats, vous devez l'indiquer. La mention « décongelé » doit apparaître à côté du plat concerné sur la carte ou sur un affichage visible en salle.
Elle ne s'applique pas aux ingrédients secondaires (un fond de sauce préparé à partir de produits surgelés n'impose pas la mention), mais elle s'applique à la pièce principale : un filet de cabillaud surgelé servi en plat du jour doit être signalé.
C'est souvent là que des restaurants gastronomiques se font surprendre, non par malhonnêteté, mais par méconnaissance du détail réglementaire.
Comment tenir votre menu à jour sans vous y perdre
La difficulté concrète pour un gérant, c'est la mise à jour. Une carte papier imprimée en début de saison et un tableau d'allergènes sur tableur que personne ne consulte plus, c'est le scénario type d'un contrôle qui finit mal.
Centraliser l'information à la source
La bonne pratique, que vous utilisiez un menu papier, un menu QR code ou un menu 3D interactif, c'est de partir d'une base de données centrale : chaque plat a ses ingrédients, ses allergènes, son origine, son statut surgelé ou non. Quand un plat change, vous mettez à jour une seule source, et tous vos supports reflètent la modification.
Les menus numériques ont un avantage réel ici
Un menu accessible via QR code ou une application peut être modifié instantanément. Si votre poissonnier vous livre du merlan à la place du bar ce matin, vous corrigez la fiche produit et le menu affiché en salle est à jour avant le service du midi. C'est objectivement plus difficile à faire avec une carte imprimée.
Cela ne signifie pas qu'un menu numérique suffit à vous mettre en conformité — le fond (les données) reste votre responsabilité. Mais le format réduit le délai entre la réalité cuisine et l'affichage client.
Former votre équipe reste indispensable
Aucun support ne remplace un serveur capable de répondre à « est-ce que ce plat contient des fruits à coque ? » sans aller chercher son téléphone pendant deux minutes. La réglementation s'applique à l'établissement, pas seulement au document imprimé. Une formation courte en début de saison sur les allergènes des plats en cours de carte est une habitude qui coûte peu et protège beaucoup.
Ce que je ferais à votre place
Avant la fin du premier trimestre 2026, prenez une heure pour relire votre carte actuelle avec trois questions : est-ce que l'origine de chaque viande et de chaque poisson est clairement indiquée ? Est-ce que les allergènes sont accessibles plat par plat, pas seulement en bloc général ? Est-ce que les mentions « décongelé » sont présentes là où elles doivent l'être ? Si vous répondez non à l'une de ces trois questions, c'est là que commence votre mise en conformité. Le reste — labels, formulations commerciales, formation équipe — vient ensuite, mais ces trois points sont ceux que les contrôleurs vérifient en premier.
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